Journal d'un detenu Mineur
 



Journal d'un detenu Mineur
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Forum-prison

Bonjour à tous, Je viens de créer le forum http://www.forum-prison.fr Le sujet du forum est le suivant : Echanger, écouter, se renseigner sur la vie carcérale en France. Aide juridique. Aide administrative. Je l'ai crée suite aux nombreuses questions auxquelles je ne savais pas répondre et parce qu'aucun forum de référence existait à ce sujet. Je compte énormément sur vous, chers lecteurs de mon blog, pour m'aider à lancer ce forum en vous inscrivant et en participant à ce forum. Si le forum fonctionne j'aurais besoin de modérateurs d'ici quelques jours/semaines, n'hésitez pas à me solliciter si vous êtes intéressé.
28.1.10 20:43


Suite et fin

Pour lire la suite et fin du tome 1 du Journal d'un Détenu Mineur, rendez vous sur :

http://www.detenu-mineur.com

Bonne lecture !
27.8.09 01:14


20

Je consomme mon repas en restant sur ma faim puis m’habille de deux pulls, deux bas de survetements et m’allonge sous mon drap et ma couverture pour essayer de me réchauffer.

Malgré la télévision allumée, j’entends les autres crier aux fenêtres. Ce sont des fous, il fait deux degrés et ils se mettent à leur fenêtre, uniquement pour ne pas se sentir seul dans leur cellule. Ils font les caïds, certes, mais ce ne sont que des adolescents, surement affaiblis, tristes loin de leurs familles, et enfermés ici. Cette idée me rassure un peu.

Mon voisin, Nasser, avec qui je n’ai jamais réellement eu de longues conversations, m’appelle à la fenêtre. Nasser vient de Trappes, il est ici pour avoir sequestré deux personnes dans une cave. Il m’a raconté qu’il s’amusait à leur bruler les ongles avec un briquet et il leur donnait à manger de la pâtée pour chien. Ses victimes ont passé une semaine dans la cave. Je n’en sais pas plus. Il est incarcéré depuis trois mois ici et fais sa peine tranquillement. Personne ne le provoque, je n’ai jamais compris pourquoi. Quelle chance il a de ne pas avoir à se préoccuper des conflits qu’il peut y avoir. Surement grâce à un certain charisme qu’il dégage…

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas envie de répondre. Je mets mon blouson sur ma tête pour ne plus l’entendre frapper contre le mur.

Il insiste tellement que je décide de me lever, pour répondre. Mes pieds sont tellement gelé que j’en ai mal à chaque pas que je fais.

Je me mets devant la fenetre, sors ma tête entre deux barreaux et je réponds en prenant une voix plus grave, comme à chaque fois que je parle à cette fenêtre pour donner un air plus viril.

«
- Ouais Ouais ? tu veux quoi ?
- Putain tu fais quoi ? t’as mis du temps à répondre.
- Je dormais..
- Ouais sinon tu racontes quoi ?
Nasser paraît sympa, il ne m’a jamais vraiment dérangé. Comme je ne parle pas beaucoup, lorsqu’on s’interesse à moi, je me lache.
- Rien de special, à part que j’ai recu pleins de courriers, ça fait trop plaisir !
- Ah ouais ? t’as des photos de meufs ou quoi ? fais tourner ma gueule !
- Non non j’en ai pas.
- Qui c’est qui t as écris ?
- La famille…
- C’est bien, tu leur a répondu ?
- Nan nan, j’attends de recevoir ce que j’ai cantiné, enveloppes, papier, timbres…
- Attends je t’en donne si tu veux
- Ah ouais ? merci ce serait sympa !
- Ok mets ta main tout à gauche jusqu’à ce que tu atteignes la mienne !
- Ok
Nasser me donne quelques enveloppes, du papiers et des timbres. Je me demande si ça cache quelque chose. Je me souviens de l’experience de la paire de chaussette avec Carl.
- Ok, et sinon Olivier, t’as cantiné quoi d’autre ?
Je me disais bien…
- Ah, heu.. rien de spécial, un rasoir, des affaires de toilette, un miroir… J’ai reçu un petit mandat donc j’ai pas pu beaucoup cantiner.
- Ok, si tu veux j ai deux morceaux de miroir je peux t’en passer un en attendant.
Je n’ose pas refuser. Une racaille qui refuse un cadeau n’est plus crédible.
- Ouais, vas y, donne.
- Ok mets ta main ! »

Je mets ma main vers la droite, le plus loin possible. Je sens le miroir, mais Nasser ne le lache pas.
Je tire et lui dit qu’il peut le lacher mais au lieu de cela, il le bouge dans tous les sens comme pour me couper ma main avec son miroir cassé. Effrayé, je retire mon bras brusquement. Il me demande de remettre ma main en expliquant qu’il avait bougé car il avait peur que le miroir tombe par terre. Cette fois, j’arrive à le prendre, je le remercie et retourne me coucher, le miroir dans la main.

Allongé, je m’observe dans ce miroir. Je n’ai jamais été aussi laid. Mes joues sont creuses, mes yeux rouges et minuscules et ma peau grasse. J’ai toujours été fier d’être un adolescent sans boutons et là, j’aperçois une dizaine de boutons sur mon front.

Je regarde la télévision, dans l’espoir que le sommeil m’emporte avant minuit, heure de la coupure d’électricité sur l’étage des mineurs. Lorsque j’aurais une rallonge, il faudra vraiment que je me fasse ami avec le détenu majeur au dessus de moi !

Ce soir, au programme sur Canal plus : « Le pacte des loups ». Lors de la diffusion du film, le surveillant est passé une dizaine de fois regarder à l’œillet. Les surveillants le font pour vérifier si l’on est bien en vie, donc si on dort, ils nous appellent et frappe à la porte pour que l’on bouge.

Le film est terminé, je regarde maintenant les clips en attendant l’extinction des feux. Si au moins je pouvais m’endormir plus rapidement, le temps serait moins long !

Je m’endors enfin, la télévision allumée.

En plein milieu de la nuit, Nasser tape à mon mur en criant mon nom. Je me réveille en sursaut.

Je me lève, je vais boire à mon lavabo et me mets à la fenêtre pour lui répondre :

«
- Putain qu’est ce qu’il y a ?!
- AH tu réponds !! je me suis ouvert sans faire exprés avec le morceau de miroir qui me restait, je pisse le sang putain !
- Arrête ! t’es sérieux là ?
- Ouais ! j’ai le bras en sang putain !
- Assied toi ! bouge plus j’appelle un surveillant ! »

Je cours vers ma porte et donne un énorme coup de pied dedans. J’hurle tant que je peux pour tenter d’appeler un surveillant. Deux minutes entières d’hurlement et de coups dans la porte. Aucun surveillants ne viennent.

Je retourne rapidement à la fenêtre :

«
- Nasser ? hééé Nasser ?!
- Ouais ! putain ils foutent quoi ces enculés ! j’ai enroulé mon bras dans mon drap mais le sang passe à travers !
- Mais pourquoi t’as fais ça ! !
- J’ai pas fait exprés ! vas y s’il te plait retourne appeler un surveillant j’ai la tête qui tourne. »

Je retourne taper à ma porte en criant « SURVEILLANT !!! C’EST IMPORTANT VENEZ ». Hélas, les surveillants sont habitués aux cris nocturnes, et ne bougent que très rarement car c’est généralement les menaces des autres détenus qui font taire l’excité qui empêche les autres de dormir.

Dix minutes que j’appelle, et aucun surveillant ne viens. D’autres détenus, reveillé par mes coups dans la porte m’ont demandé des explications. Certains se sont recouchés et d’autres m’ont aidé à attirer l’attention des surveillants. Je profite de ce renfort pour retourner parler à Nasser. Mais cette fois, il ne répond plus.
26.2.04 00:28


18

Olivier,

Pour commencer, sache que je suis à fond de ton côté, et que même si ce que tu as fais est grave, je sais que tu ne l’as pas fait pour rien. Pour préserver ta sœur.
Je pense chaque jours, minutes, secondes à toi. Je pleure beaucoup. Mais je sais que tu reviendras vite, la seule chose que je te demande, c’est de revenir entier. Je ne peux pas me permetre de dire que je connais l’univers carcéral, mais je pense que ce doit être difficile pour toi, amoureux de la liberté ( et de moi ! ).
Je viens aussi souvent que possible rendre visite à ta mère qui vient d’avoir le droit de parloir. Elle me racontera quand elle t’auras vu mais tu ne peux pas t’imaginer comme je suis impatiente de savoir comment tu te portes.
Tu me manques vraiment trop, quand tu sortiras, nous ferons l’amour comme des fous ! mais je n’ose trop en dire car je suppose que ton courrier est lu.
Au lycée, tout le monde parle de toi. Tout le monde me questionne, mais je ne réponds pas. Mais il est presque amusant d’entendre toutes les différentes versions que j’ai pu entendre.
Tu sais, je vais presque tous les jours chez ta famille, prendre des nouvelles ( que je n’ai pas ). Mais comme le dit ta soeur, ceci n’est qu’un passage de notre vie ( et surtout de la tienne ), quelques mois et la vie reprendra son cours..
Dans tous les cas, garde le courage que tu as, et quand tu vas mal, pense à moi, à nos meilleurs moments passés ensemble.
En ce qui concerne Luc, il est sorti de l’hôpital, heureusement que tu n’as pas touché des endroits vitaux, mais je suppose que c’était volontaire.
Si tu as besoin d’argent, fais le moi savoir, car ta mère m’a dit qu’elle s’en occupait mais je ne sais pas combien elle t’as envoyé.
Réponds moi vite s’il te plait, j’ai besoin de tes nouvelles, savoir ce que tu fais.

Je t’aime,

Olivia.



Bien que la lettre ne soit pas la plus romantique qu’Olivia ait pu m’écrire, je suis ému. Cette même boule dans la gorge. De la tristesse mélangé à de la joie. Triste car Olivia est loin de moi, heureux car elle ne m’en veut pas. En ce moment, l’idée qu’Olivia ne voudrait plus de moi à cause de ce que j’ai commis m’avait tellement traversée l’esprit…



Je relis la lettre trois fois, je réponds sur quatre pages, puis ouvre la seconde lettre manuscrite : Ma sœur Amandine.

Amandine est très sportive, elle a 22 ans et ne vit que par le sport.

Je m’arrête sur un passage de la lettre :



(…) Un conseil, fais de la musculation dans ta cellule si tu n’as rien à faire ! On peut créer beaucoup de gestes musculaires sans instruments ! Exemple pour muscler les cuisses :
Squash : Tu t’accroupis, les mains à plat contre le sol. Et tu utilises d’un coup tes jambes comme un ressort pour sauter le plus haut possible en levant les bras. Répète ce geste par série de trente (…)



Amusant, je vais essayer.



Je fais donc, au milieu de ma cellule mes exercices de squash. Je n’ai jamais étais très « danseur » et mes gestes sont très maladroit et manquent beaucoup de grâce. Je dois plus ressembler à un singe qu’à un prof d’aérobic, mais tant que ça muscle.
Je prends appuie sur mes jambes accroupies, les mains à plat contre le sol, j’appuie, je saute, je lève les bras et là, alors que je décolle du sol, la porte s’ouvre.



Un surveillant m’observait, pendant ma gymnastique original par l’œillet. Il entre dans ma cellule très brusquement, le regard paniqué en criant :



«

- Soz !!! Soz !! Est ce que ça va ?!!! que t’arrive t-il ??! Il fait une crise !! Il fait une crise !!!

J’atterris sur mes pieds et le fixe, très gêné, sans savoir que dire. Je réalise que en effet, ça doit être surprenant de voir un détenu, par l’œillet, sauter bêtement dans tous les sens dans sa cellule.

- Il m’arrive rien, surveillant, je fais ma gym quoi.

- Ah putain ! le con ! tu m’as foutu les boules !

- Surveillant.. Un peu de tenu !

- Ahaha ! sérieusement, Soz, je pensais que tu avais un problème, bon c’est l’heure de la promenade tu veux sortir ?

- Déjà ? ah non, je sors pas, je lis mon courrier.

- Très bien, salut.

- Et au fait, surveillant, vous pouvez repasser dans une heure pour que je vous donne mes fiches de cantines, j’ai reçu un mandat et j’aimerais bien commander quelques petits trucs.

- Ouais ok tu mettras un drapeau..

- D’accord. »

1.2.04 04:41


17

J’écris une lettre à mon meilleur ami Jérôme et une à mon père, pour passer le temps. Je les enverrai lorsque je pourrai acheter des timbres, surement demain d’ailleurs vu que je dois recevoir un mandat.

Je m’assied dans ma fenêtre et me place en position de spectateur. Environ une dizaine de détenus essayes de le questionner, puis finalement c’est le petit con de Carl qui prend le dessus et qui arrive à avoir le plus de réponses. Les autres détenus font actuellement la même chose que moi, ils écoutent la conversation entre Carl et l’arrivant pour découvrir sa personnalité.
«
- Héé L’arrivant ?!
- Oui ?
- Tu t’appelles comment ?
- Cedric
- Ok, et tu viens d’où ?
- Chevreuse.
- T’es tombé pourquoi ?
- Trafic de drogue
- Ah ouais ? t’es un dealer toi ! c’est bien ! tu vas faire passer du shit au parloir mec ! t’as pris combien ?
- Je sais pas, je suis en mandat de dépôt en attente de jugement.
- T’as quel age ?
- 16 ans
- Hey l’arrivant, j’espere que t’as pris un maillot de bain !?
- Heu non pourquoi ?
- Tu vois le batiment bleu en face ?
- Ouais
- C’est une piscine ! tous les après-midi tu peux y aller.
- Ah bon ok
Ok, énorme foutage de gueule, j’entends d’ici les autres détenus se forcer à rire pour faire plaisir à Carl, qui, motivé par le succés de cette blague, continue dans ce chemin.
- Ouais et aussi, le matin c’est tranquille, t’as le choix entre pains au chocolats ou croissants.
- Ah ok »
Satisfait par ses moqueries, Carl laisse la place aux autre détenus pour leur permettre de continuer à s’amuser avec leur nouveau jouet.

La journée passe, l’arrivant n’est pas venu en promenade cet après midi, tant mieux pour lui je pense. Ce soir, je regarde la télé que d’un œil car il y a des gens dans les arbres en face de la prison, ils appellent ça le « parloir sauvage ». Ils sont environ 5, venus parler justement avec Kalidou. C’est un mauvais point pour lui. En prison, si tu vas souvent au parloir, que tu reçois beaucoup de lettres, en plus d’être envié, tu es catégorisé comme faible. En effet, une personne n’ayant ni ami ni famille dehors sera plus dangereux ici, il n’aura rien à perdre contrairement à la personne posée avant son incarcération qui fait tout pour se préserver et vite terminer sa peine pour rentrer chez lui entier.

Je regarde un reportage sur les prisons, c’est impressionnant comme un journaliste montre ce qu’il veut. En regardant ce reportage, la vie du détenu ce passe comme cela : dodo-télé-repas. Dans la réalité, ce serait plutôt : cauchemar-survie-nourriture.

Je me couche, et reflechis, ma tête enfouie dans mon blouson en cuir qui sent l’odeur de la prison. Maman m’a mit une taie d’oreiller dans mon linge qui sent ma maison, je ne l’utilise même pas car l’odeur me donne maintenant envie de pleurer. Je reflechis.
Seulement sept jours que je suis là. Il me reste combien de fois à faire ce que je viens déjà de faire ? Quatre fois sept jours dans un mois. Donc hm.. quatre fois sept…hm non. Je suis là pour six mois donc six fois quatre.. hm.. vingt-quatre donc hm… Je m’endors.

L’œillet bascule, un surveillant entre.
« BONJOUR SOZ ! »
Je lui réponds et me blottit dans mes draps fins, frigorifié. Je me souviens de quelle manière je me suis endormie la veille et je prends cette décision : Mon nouveau somnifère sera les Mathématique.
Ma douche calcaireuse m’a fait du bien, je m’allonge sur mon lit et regarde, moqueur, le télé-achat.
Mais qui peut bien acheter ça ?!

L’œillet bascule, un surveillant entre.

«
- Soz, Voici ton courrier. Tu as… cinq, six, sept, huit lettres !!
- Merci ! Merci !
- Oui car en fait étant donné que tu as changé de cellule, le courrier a été plus ou moins mis de côté. »

Je m’allonge sur mon lit et observe une par une les envellopes.
Deux lettres officielles et le reste, des lettres manuscrites.

Je fais durer le plaisir, je pense que je vais mettre toute la matinée à les ouvrir une par une ! quelle joie que de recevoir du courrier. Le seul moment plaisant de la journée !

Pour mon propre suspens, je commence par les lettres officielles.

La première me signale que le mandat de ma mère est passé et que mon compte est créditeur de 150€.

Je me retiend d’ouvrir les lettres manuscrite et ouvre la seconde officielle.

Une lettre me signalant qu’un expert psychiatre passera prochainement pour m’analyser.

Enfin, les plus importantes à mes yeux. Je reconnais l’écriture d’Olivia, j’ouvre sa lettre.
14.1.04 16:49


16

Maman !

Je me penche par dessus cette table de béton pour la serrer dans mes bras. Je ne contrôle plus mes émotions, je pleure. Moi qui me suis toujours moqué des personnages de Real Tv qui pleurent en voyant leurs parents au bout de deux semaines de séparation, je fais maintenant moins le malin.

Maman pleure aussi, je l’embrasse puis m’assied. Je lis dans son regard de la pitié, mais maintenant je souris.

«

- Comment ça va Olivier ?

- Ca va, et toi ? et vous tous ? raconte moi !

- Tout le monde pense beaucoup et souvent à toi, tes amis passent tous les jours, et il y a tes sœurs et Olivia qui m’ont accompagné, mais ils n’ont pas encore le droit de parloir, ils ont fait une demande mais c’est en cours..

- Ok

Ma mère m’observe

- Qu’est ce que tu as à la lèvre ?

- Je me suis battu mais c’est pas grave tout va bien

- Fais bien attention s’il te plait, ne te fais pas d’amis ici et…

- Oui oui oui, ne t’inquiète pas maman ! J’ai décidé de faire ma peine tranquillement dans mon coin.

- Très bien. Je t’ai envoyé un mandat de 100€ et je t’ai emmené plein d’affaires, d’après ce qu’ils m’ont dit, ils ont tout directement mis dans ta cellule, mais les ¾ de ce que je t’ai emmené a été refusé.

- Ah bon ?

- Oui, par exemple ils ont enlevé tous les vétements de couleur bleu, je ne sais pas pourquoi.

- Oui, je l’ai lu dans les regles de vie de la prison, il est interdit de s’habiller en bleu, surement pour ne pas être de la même couleur que les surveillants..

- D’accord, j’ai aussi emmener des livres qu’ils ont refusé.

- Pareille, c’est ridicule mais d’après eux un livre peux être une arme.. bref !

- Sinon, j’ai rencontré une personne, que l’avocat nous a présenté, une éducatrice qui va venir te voir ici pour ensuite donner un rapport au juge, essaye de faire bonne impression !

- Oui t’inquiète.

- Et puis un expert psychiatre va venir te voir très bientôt normalement pour établir un bilan qui determinera si tu es quelqu’un de dangereux ou pas. »



Nous continuons de discuter pendant une demi heure, puis un surveillant arrive et me demande de repartir.



Ca m’a vraiment fait bizarre de voir ma mère, je me sens différent. Finalement, je vais essayer de lui obéir, il faut que j’évite les contacts avec les autres détenus, mais hélas, c’est impossible. Il faut à tout prix que ces six mois se passent bien pour moi, pour que je puisse ressortir entier de cette prison.



Je retourne dans ma cellule, mon esprit imprégné par l’image de ma mère. Mes habits sont dans un grand sac poubelle, je vide le tout sur mon lit et observe.

Ok, ça va être difficile de jouer le caïd avec tous ces habits sans marque. Mais à la limite, je ne risque pas de me les faire voler ! d’ailleurs, ce jogging vert grenouille là, personne ne me l’enviera.

Moi qui suis d’habitude très désordonné, je prends un certain plaisir à ranger mes affaires. Je les plis délicatement une par une, c’est peut-être le fait d’avoir enfin quelque chose à moi ici qui me procure ce plaisir. Mais la chose que je préfère dans ce colis, c’est l’odeur de ces habits. L’odeur de l’assouplissant, et de cette feuille de tissu odorante que maman met dans le sèche linge. Ca sent ma maison.



Tout en regardant un jeu télévisé à la télévision, je reprend mon carnet d’affinité et note :



Carl : Ennemi, à souhaiter, contre une paire de chaussette que je lui cantine des tonnes de choses. Ne pas avoir peur de lui, petit con d’après ce que m’a dit kalidou. Ne pas avoir d’affinités.



Du bruit à la fenêtre. Je tend mon oreille et entend que l’arrivant, dont Kalidou m’a parlé était apparemment à destination. Le pauvre. Je me souviens de mon arrivée, je me mets à sa place. Apparemment c’est un français aussi. Nous sommes donc maintenant trois mineurs français dans cette prison : Le cambrioleur nécrophile, l’arrivant et moi.

J’essaye d’écouter sa voix, je veux voir s’il a une voix imposante car comme prévu, à la prochaine promenade, dans le but de faire mes preuves vis à vis des autres détenus, il faudra que je fasse partie des racailles qui le « victimeront ».
11.1.04 16:31


15

Nous remontons, tranquillement dans nos cellules. Walid se trouve à quelques mètres de moi, j'essaye de donner l?impression que je l'avais oublié en discutant avec un autre détenu pour éviter que nos regards se croisent.

Le surveillant ouvre ma porte, me laisse entrer puis s'en va.

Quelle joie de retourner dans ma cellule équipé par un équipement electro-ménager hors du commun : Ma télévision. Que j'avais laissé allumé, d'ailleurs. Enfin un peu de vie dans cette cellule. Je n'ai pas de programme télé alors je me le crée moi-même, en notant les heures des émissions, séries interessantes.

La matinée se passe tranquillement, aujourd?hui je suis affamé, l'appétit est revenu avec la télévision. Je dévore la baguette de pain au gout d?eau distribué quotidiennement et j?attends patiemment que le repas de ce midi arrive. J'aime bien manger des frites ici, elles sont toutes molles mais elles me rapellent les mercredi midi à la maison avec mes soeurs et ma mère.

On me sert ma barquette, flageollets et un morceau de viande non-identifié. Dans tous les cas, c'est pas du porc. Ils ne servent jamais de porc chez les mineurs. Je dévore ce repas tout en me bouchant le nez. Ca devient un reflexe lorsque je mange de boucher mon nez de la main gauche et de tenir la fourchette de la droite. Au moins, je me nourris, je suis assez mince comme ça. J'ai comme projet de faire de la musculation pour que ce séjour soit au moins constructif, et si je ne mange pas, ce ne sont pas mes os qui se transformeront en muscles.

Alors que je m'apprette à écrire une lettre à mon père, loeillet bascule, un surveillant entre.

«
- Soz, parloir.
- Ah bon ?! c'est qui ?
- J'en sais rien, prépares toi, je reviens te chercher dans 5 minutes »

Décidemment j'adore cette journée ! Je saute sur mes affaires de toilettes tout en me demandant qui m?attends au parloir.
Je suis heureux !
Dans les films, les livres, le héros en prison dit souvent à sa famille ou à sa femme : « Ne viens pas me voir en prison s'il te plait » Je ne me vois pas dire ça ! j'ai trop besoin de les voir !
Allez ! je me rase, cela fait une semaine que je n?ai pas rasé ce duvet qui ressemble à tout sauf à de la barbe.
Un coup de peigne.
Un coup de brosse à dents, avec le sourire.
De l'eau froide sur le visage, c'est désagréable mais tant pis, je veux être présentable.
Je prends ma serviette et l?humidifie pour nettoyer les traces de sang sur mon pull, souvenir de ma première promenade.
Je suis prêt. J'attends, debout face à ma porte que le surveillant revienne.

Dix minutes qu'il m'a dit qu'il devait revenir dans cinq minutes, et il n'est toujours pas là.

Je colle ma bouche dans le coin de la porte et l'appelle en hurlant. J'ai remarqué que toutes ces racailles aiment bien crier « SURVEILLANT ! » à travers leurs portes. Voici une des premières action de ma mini-carrière de délinquant.

Après avoir crier à en casser ma voie, il arrive enfin. Ouf. S?il y a bien une chose que je ne supporte pas, c?est les faux-espoirs.

Nous marchons ensemble, a travers les couloirs de la prison. Là une phrase se répète dans ma tête : « Surtout, qui que ce soit au parloir, ne pas pleurer. Surtout, qui que ce soit au parloir, ne pas pleurer. Surtout, qui que ce soit au parloir, ne pas pleurer. »

Nous arrivons dans une grande salle remplis de détenus. La salle est remplis de barreaux, et des bancs sont collés tout autour.

Là, il y a des détenus de tout âge qui attendent leur tour pour le parloir. Les détenus sont appelé par groupe de cinq. A chaque appel, j?attends impatiemment mon nom.

Je taxe une cigarette à un vieux, il me donne un peu de tabac et une feuille à rouler. En prison, 90% des fumeurs fument des roulées. Je m?assied et essaye de parvenir à créer quelque chose qui ressemble à une cigarette, en vain. Au moins ça passe le temps.

Un nouvel appel, mon nom est prononcé parmis le groupe de cinq personnes. Je me lève. Nous marchons dans un grand couloir, je ressens une sorte de trac à l'idée de voir quelqu?un au parloir. Qui d'ailleurs ??

Nous arrivons dans une salle, avec plusieurs cabines. Un surveillant avec des gants en latex me fait rentrer dans la première cabine et me demande de me désabiller.

Malgré ma pudeur, j?obéis sans réfléchir. C?est pour une bonne cause.. Je suis nu, je me mets face à lui, une main pour cacher mon sexe. Je reste debout immobile, en l'observant fouiller dans toutes mes affaires. Blousons, doublure de la poche trouée, chaussettes, caleçon que je n'ai pas changé depuis des jours. J'ai un peu honte. Heureusement qu'il a des gants.

Puis, J'arrive dans une très grande salle en forme de cercle. Au milieu, une cabine ronde et vitrée où sont assis trois surveillants qui surveillent tous les parloirs en même temps.
Chaque parloir est une pièce étroite d'un mètre de largeur et de deux mètres de longueurs. Au milieu des parloirs est planté dans le sol une table en béton. On ne peut y passer la main en dessous, pour éviter des échanges de marchandises je suppose.

Le surveillant me demande mon nom, puis m?indique que je dois aller au parloir numéro 12. Je marche, avec un trac immense en direction de cette petite pièce.
Maintenant, tous les détenus autour de moi deviennent invisible j'arrive enfin devant la pièce 12.
6.1.04 22:25


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